Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/102

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Vous voyez, Monsieur, que je pense librement, et que je vous dis tout ce que je pense. Je suis naturellement naïf, et plus encore avec vous, qui êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et les savoir telles qu’elles sont. Si je voulois, je ne vous parlerois de tout ceci qu’avec admiration ; je vous dirois sans cesse : Cela est divin, cela est respectable ; il y a du merveilleux. Et il en arriveroit de deux choses l’une, ou que je vous tromperois, ou que je me déshonorerois dans votre esprit.

Nous en restâmes là ; une affaire qui survint au dervis rompit notre conversation jusques au lendemain.

De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan 1719.

LETTRE CXXXV.

RICA AU MÊME.


Je revins à l’heure marquée, et mon homme me mena précisément à l’endroit où nous nous étions quittés. Voici, me dit-il, les grammairiens, les glossateurs et les commentateurs. Mon Père, lui dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se dispenser d’avoir du bon sens ? Oui, dit-il, ils le peuvent ; et même il n’y paroît pas, leurs ouvrages n’en sont pas plus mauvais ; ce qui est très-commode pour eux. Cela est vrai, lui dis-je ; et je connois bien des philosophes qui feroient bien de s’appliquer à ces sortes de sciences-là.