Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/128

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pour conserver leur or et leur argent. Encore passe pour l’argent ; mais pour de l’or… pour de l’or… Ah ! cela me met dans une indignation… Je jure, par mes outres sacrées que, s’ils ne viennent pas me l’apporter, je les punirai sévèrement. Puis il ajouta d’un air tout à fait persuasif : Croyez-vous que ce soit pour garder ces misérables métaux que je vous les demande ? Une marque de ma candeur, c’est que, lorsque vous me les apportâtes il y a quelques jours, je vous en rendis sur-le-champ la moitié.

« Le lendemain, on l’aperçut de loin, et on le vit s’insinuer avec une voix douce et flatteuse : Peuples de Bétique, j’apprends que vous avez une partie de vos trésors dans les pays étrangers ; je vous prie, faites-les-moi venir ; vous me ferez plaisir, et je vous en aurai une reconnaissance éternelle.

« Le fils d’Éole parloit à des gens qui n’avoient pas grande envie de rire ; ils ne purent pourtant s’en empêcher : ce qui fit qu’il s’en retourna bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda encore une petite prière : je sais que vous avez des pierres précieuses ; au nom de Jupiter, défaites-vous-en : rien ne vous appauvrit comme ces sortes de choses ; défaites-vous-en, vous dis-je : si vous ne le pouvez pas par vous-mêmes, je vous donnerai des hommes d’affaires excellents. Que de richesses vont couler chez vous, si vous faites ce que je vous conseille ! Oui, je vous promets tout ce qu’il y a de plus pur dans mes outres.

« Enfin, il monta sur un tréteau, et, prenant une voix assurée, il dit : Peuples de Bétique, j’ai comparé l’heureux état dans lequel