Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/141

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m’accabloit d’injures, celle-ci m’assommoit à coups de pierres, conjointement avec le docteur ***, qui étoit avec moi, et qui reçut un coup terrible sur l’os frontal et occipital, dont le siège de sa raison fut très ébranlé.

« Depuis ce temps-là, dès qu’il s’écarte quelque chien au bout de la rue, il est aussitôt décidé qu’il a passé par mes mains. Une bonne bourgeoise, qui en avoit perdu un petit, qu’elle aimoit, disoit-elle, plus que ses enfants, vint l’autre jour s’évanouir dans ma chambre ; et, ne le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat. Je crois que je ne serai jamais délivré de la malice importune de ces femmes qui, avec leurs voix glapissantes, m’étourdissent sans cesse de l’oraison funèbre de tous les automates qui sont morts depuis dix ans.

« Je suis, etc. »

Tous les savants étoient autrefois accusés de magie. Je n’en suis point étonné. Chacun disoit en lui même : J’ai porté les talents naturels aussi loin qu’ils peuvent aller ; cependant un certain savant a des avantages sur moi : il faut bien qu’il y ait là quelque diablerie.

À présent que ces sortes d’accusation sont tombées dans le décri, on a pris un autre tour ; et un savant ne sauroit guère éviter le reproche d’irréligion ou d’hérésie. Il a beau être absous par le peuple : la plaie est faite ; elle ne se fermera jamais bien. C’est toujours pour lui un endroit malade. Un adversaire viendra, trente ans après, lui dire modestement : À Dieu ne plaise que je dise que ce dont on vous accuse soit vrai ! Mais vous