Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/29

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


respectueusement. Quand deux hommes qui étoient là lui nioient quelque principe, il disoit d’abord : Cela est certain, nous l’avons jugé ainsi ; et nous sommes des juges infaillibles. Et comment, lui pour lors, êtes-vous des juges infaillibles ? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le Saint-Esprit nous éclaire ? Cela est heureux, lui répondis-je ; car, de la manière dont vous avez parlé aujourd’hui, je reconnois que vous avez grand besoin d’être éclairé.

De Paris, le 18 de la lune de Rébiab 1, 1717.

LETTRE CIII.

USBEK À IBBEN.
À Smyrne.


Les plus puissants États de l’Europe sont ceux de l’empereur, des rois de France, d’Espagne et d’Angleterre. L’Italie et une grande partie de l’Allemagne sont partagées en un nombre infini de petits États, dont les princes sont, à proprement parler, les martyrs de la souveraineté. Nos glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart de ces princes n’ont de sujets. Ceux d’Italie, qui ne sont pas si unis, sont plus à plaindre : leurs États sont ouverts comme des caravansérails, où ils sont obligés de loger les premiers qui viennent : il faut donc qu’ils s’attachent aux grands princes, et leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de leur amitié.