Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/52

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domination de nos rois, si on la compare à l’état florissant où elle étoit autrefois, on verra qu’elle n’a qu’une petite partie des habitants qui y étoient sans nombre du temps des Xerxès et des Darius.

Quant aux petits États qui sont autour de ces grands empires, ils sont réellement déserts : tels sont les royaumes d’Irimette, de Circassie et de Guriel. Ces princes, avec de vastes États, comptent à peine cinquante mille sujets.

L’Égypte n’a pas moins manqué que les autres pays.

Enfin, je parcours la terre, et je n’y trouve que des délabrements : je crois la voir sortir des ravages de la peste et de la famine.

L’Afrique a toujours été si inconnue, qu’on ne peut en parler si précisément que des autres parties du monde : mais, à ne faire attention qu’aux côtes de la Méditerranée connues de tout temps, on voit qu’elle a extrêmement déchu de ce qu’elle étoit, lorsqu’elle étoit province romaine. Aujourd’hui ses princes sont si faibles, que ce sont les plus petites puissances du monde.

Après un calcul aussi exact qu’il peut l’être dans ces sortes de choses, j’ai trouvé qu’il y a à peine sur la terre la cinquantième partie des hommes qui y étoient dans les temps de César. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’elle se dépeuple tous les jours ; et, si cela continue, dans dix siècles elle ne sera qu’un désert.

Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe qui soit jamais arrivée dans le monde ; mais à peine s’en est-on aperçu, parce qu’elle est arrivée insensiblement, et dans le cours d’un grand nombre de siècles ; ce qui marque un vice intérieur,