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LETTRE CXV.

USBEK AU MÊME.


Tu cherches la raison pourquoi la terre est moins peuplée qu’elle ne l’étoit autrefois : et si tu y fais bien attention, tu verras que la grande différence vient de celle qui est arrivée dans les mœurs.

Depuis que la religion chrétienne et la mahométane ont partagé le monde romain, les choses sont bien changées : il s’en faut de beaucoup que ces deux religions soient aussi favorables à la propagation de l’espèce que celle de ces maîtres de l’univers.

Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue : et en cela, elle avoit un très-grand avantage sur la religion mahométane ; le divorce y étoit permis : ce qui lui en donnoit un autre, non moins considérable, sur la chrétienne.

Je ne trouve rien de si contradictoire que cette pluralité des femmes permises par le saint Alcoran, et l’ordre de les satisfaire donné dans le même livre. Voyez vos femmes, dit le Prophète, parce que vous leur êtes nécessaires comme leurs vêtements, et qu’elles vous sont nécessaires comme vos vêtements. Voilà un précepte qui rend la vie d’un véritable musulman bien laborieuse. Celui qui a les quatre femmes établies par la Loi, et seulement autant de concubines et d’esclaves, ne doit-il pas être accablé de tant de vêtements ?

Vos femmes sont vos labourages, dit encore le Prophète ; approchez-vous donc de vos labourages :