Page:Montesquieu - Pensées et Fragments inédits, t2, 1901.djvu/492

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Il faut bien se mettre ce principe dans la tête : il est l’éponge de la plupart des préjugés. C’est le fléau de toute la philosophie ancienne, de la physique d’Aristote, de la métaphysique de Platon ; et, si on 5 lit les dialogues de ce philosophe, on trouvera qu’ils ne sont qu’un tissu de sophismes faits par l’ignorance de ce principe. Le père Malebranche est tombé dans mille sophismes pour l’avoir ignoré.

2063(1 154. II, f°8o).— Quand on dit qu’il n’y a 1o point de qualité absolue, cela ne veut point dire qu’il n’y en a point, mais qu’il n’y en a point pour nous, et que notre esprit ne peut pas les déterminer.

2064* (1187. II,f°87). — Les bouts des fibres de notre cerveau reçoivent un petit ébranlement, qui

15 produit un chatouillement ou sentiment en nous. Cela suffit pour expliquer tout. Par exemple, nous voyons pour la première fois un carré. Il suffit que nous sentions que nous le voyons, pour en avoir une idée : car, sans cela, l’on ne verroit point le

2o carré. Pour voir le carré, il faut que nous sentions que quatre angles égaux s’avancent. Nous avons donc une idée des propriétés du carré, et, dès que le chatouillement du carré nous vient, tout d’abord une idée de ses propriétés nous vient aussi. Nous ne

25 voyons pas un carré tout seul, mais d’autres choses. Notre âme, qui les voit ensemble, ne peut pas s’empêcher de les comparer : car, si elle ne voyoit pas que le carré a des angles, et que le cercle n’en a pas, elle ne verroit ni le cercle, ni le carré. Pour