Page:Montesquieu - Pensées et Fragments inédits, t2, 1901.djvu/491

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concevoir les choses, selon le différent rapport qu’elles ont entre elles. Par exemple, la rondeur, qui est un accident du corps, devient l’essence d’un cercle, et la rougeur, qui sert de coloris à un cercle matériel, devient l’essence d’un cercle rouge. Idem, 5 l’idée du genre, qui n’est rien en elle-même, n’étant que celle d’un individu en tant que je ne le détermine pas, et que je le garde dans mon esprit sans l’appliquer à un sujet plutôt qu’à un autre ; l’idée de l’infini, à qui le père Malebranche trouve tant de 1o réalité qu’il croit que les idées particulières viennent de celle-là, en faisant une espèce de soustraction arithmétique (si j’ose me servir de ce terme) : au lieu que ce n’est qu’en ajoutant sans cesse au fini, sans trouver de bornes, que je fais l’idée de l’infini. C’est 15 ainsi que je pense à une étendue où j’ajoute toujours, à un être dont je bornerai si peu les perfections que je pourrai toujours, par ma pensée, en ajouter de nouvelles. Mais je n’ai l’idée d’une matière, ni d’un être, auxquels je ne puisse rien ajouter, non plus que 2o d’un temps, ni d’un nombre. Il est bien vrai que Dieu a été de toute éternité : car aucune chose ne peut être faite de rien ; de manière qu’il y a eu une durée infinie. Mais je n’ai pas pour cela d’idée de cette durée, et je ne la vois que par des conséquences que i5 je tire de certains principes.

2062 (410. I, p. 374).— Les termes de beau, de bon, de noble, de grand, de parfait, sont des attributs des objets, lesquels sont relatifs aux êtres qui les considèrent. 3„