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LES POISSONS

nourriture à la fois. Il est, en tous cas, nécessaire de changer l’eau, de temps en temps ; une excellente précaution pour garder ces animaux pendant longtemps serait d’insuffler de l’air au moyen d’un soufflet muni d’une fine pointe ; cette manœuvre n’est pas indispensable lorsque les cyprins sont gardés dans un aquarium pourvu de plantes aquatiques. On doit se garder de prendre les cyprins à la main ; ce sont des animaux essentiellement sociables ; aussi, doit-on en mettre plusieurs ensemble ; on a remarqué que, habituellement, ils ne survivent pas longtemps à la perte d’un compagnon de captivité auquel ils étaient habitués.

Avec quelques soins, les cyprins s’apprivoisent parfaitement ; ils viennent prendre alors leur nourriture au bout des doigts, et lorsqu’ils sont parqués dans de grands aquariums, de petits étangs, ils accourent en foule au son d’une cloche.

« En liberté, dit de Brehm, dans les cours d’eau de France, le cyprin doré vit parfaitement et se propage, pourvu que l’eau ne soit pas trop froide ; le poisson rouge est, en effet, frileux. À Roubaix, dans l’ancien canal, le cyprin formait de véritables bandes, qui se tenaient toujours dans le voisinage immédiat de la sortie de l’eau chaude provenant des machines à vapeur ; en certains points où prospéraient les dorades, l’eau du canal ne gelait jamais, et était toujours à une température sensiblement égale.


LE BARBEAU


Après le cyprin doré qu’on dit avoir été importé en France par la Pompadour, il faut être un peu amateur de contrastes pour parler du barbeau, car Athénée rapporte que ce poisson était consacré à la chaste Diane. L’histoire vaut-elle mieux que la légende ? Le doute est peut-être permis dans le cas actuel. « On prétend, dit Coulon, que l’abbaye du Barbeau, fondée par Louis vii, fut ainsi nominée parce que ce prince, pêchant dans la Seine, prit un de ces poissons qui avait une pierre précieuse dans l’estomac. Le barbeau fut souvent placé dans les armes de l’abbesse. À diverses époques, il fut pris des mesures pour la conservation de l’espèce comme pour celle de la carpe.

On ne compte pas moins de 250 variétés de barbeaux dans le vieux monde, et c’est pourquoi je le préconise autant. Je me hâte de l’entourer d’ablettes, de vérons, de goujons, de bouvières, de gardons, de rotangles, pour engraisser nos achigans, nos dorés, nos maskinongés, nos huananiches, nos gloires du Saint-Laurent et du Labrador.