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SOUVENIRS

suivant une formule traditionnelle. Notre architecture utiliserait des matériaux américains aux travaux de discipline française. Notre art décoratif rechercherait la ligne qui distingue. Notre agriculture, même mécanisée, garderait ses traits essentiels qui sont profonds et, notre industrie, certains soucis. Quel effort tentant. La difficulté, la complexité, c’est hélas ! notre lot, le secret de l’intérêt qui s’attache à nos actes.

Insistons. Le tournant est décisif. Pour la préservation de nos libertés, nous obéissons à nos voix intérieures, en nous raidissant dans des attitudes propres à sauvegarder nos traditions. Notre culture, il s’agit de la préserver en l’adaptant. « Absorbé matériellement, continuait André Siegfried, le Canada ne survivra que par ses influences intellectuelles ». Romier ne dit pas autre chose de la France placée en face des invasions américaines. L’Américain nous communiquera ses audaces que nous réduirons au service de notre génie.

Notre passé nous guidera, notre passé qui n’a pas été conquis et qui nous reste. Ainsi de la tâche nouvelle, la tâche économique, nécessaire et dangereuse, où je distingue l’art parce qu’il est un signe extérieur ; ainsi de notre action sociale, où nous mettrons à la place des préceptes rigides d’une police collective la pénétration de notre catholicisme latin. La belle lutte ! Rendons-la lucide, nous qui l’avons conduite d’instinct. Demandons la victoire définitive à une formation appropriée. Autrement, l’événement nous aura vite emportés.

Notre langue est aussi ce qu’elle est. Ne la dorons pas de susceptibilités. Nous avons d’amusantes réactions qui couvrent jusqu’à la moindre critique. Notre langue est intéressante dans sa vie,