Page:Montpetit - Souvenirs tome III, 1955.djvu/50

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
50
SOUVENIRS

gne, que je ne peux subir, et je n’arrive pas à lui remettre la politesse, ce que je ferais volontiers avec quelque autre vin de France ; mais il répète que nous offrir à boire est un de ses privilèges.

Le Homeric mouille en rade de Cherbourg. Un transbordeur nous mène à terre par un temps laid et froid. De la ville, je ne vois que la gare : tout de suite un train spécial nous emporte vers Paris où nous restons le temps de faire quelques courses et d’applaudir Marthe Régnier au Théâtre Antoine.

Nous voyageons de jour et par étapes. La vitre du wagon encadre une partie de la France que je regarde pour la première fois et où se prolonge sur le sol même, dans les villes et les bourgs, l’opus francigenum. Les arbres me retiennent, cultivés à l’égal des fleurs, quand, dans d’autres pays, on n’en a guère souci. Nous jetons de trop brefs regards sur la Côte d’Azur, que nous ne connaissons pas. Que de noms familiers pourtant, de Toulon à Menton ! Que de refuges aussi où nous aimerions nous attarder. Le Midi nous prend et nous enchante. Sous un ciel désespérément gris, les fleurs jaillissent de partout.

Nous descendons à Marseille, puis à Nice.

Marseille, antique et généreuse, déborde de mouvements et de paroles autour de la Cannebière, resplendissante et menue, si menue qu’on a l’impression qu’elle exagère. Des hauteurs où se dresse comme un phare pieux Notre-Dame de la Garde, la ville révèle sa puissance.

Nice, que nous croyions détestable, nous surprend et nous amuse. C’est la grande villégiature, un peu terne en ce moment où la province l’envahit. La saison est finie et, d’ailleurs, n’a pas été bonne ; et nous éprouvons le vide déconcertant d’une sorte