Page:Moreno - Reconnaissance de la région andine, 1897.djvu/39

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ché du lac. Le fleuve a déjà reçu les eaux de l’arroyo Litran, et court rapide, volumineux, déviant son cours vers le sud-est. Nous continuons au sud, traversant des collines granitiques recouvertes par des roches volcaniques de superficie horizontale. En atteignant ces collines, nous apercevons à l’ouest des montagnes boisées, derrière celles-ci, de belles cimes neigeuses. À l’orient, sur le plateau s’élèvent les montagnes qui forment la chaîne de Catalin, rocailleuses, pelées, et au nord de celles-ci le haut plateau qui la sépare des montagnes du nord de Pino Hachado. C’est sur ce versant abrupt de la rive gauche de l’Aluminé que se trouve située la future colonie « Sargento Cabral », emplacement qui est une sanglante ironie à la bonne foi de la Nation ! Belle récompense pour le soldat fidèle dans l’accomplissement de ses devoirs ! De tels faits inspirent le plus profond dégoût. Pourquoi ceux qui choisirent cette zone pour la colonisation, n’ont-ils pas arrêté plutôt leurs regards sur les belles prairies et collines voisines de Pulmari, de Quillen, etc. ?

Dans l’après-midi du 22, nous nous arrêtâmes à la Vega (prairie) de Pulmari, véritable terre promise, et le lendemain, accompagnés de Mr. Keen, administrateur de l’estancia en voie de formation dans ce parage, nous nous dirigeâmes à l’ouest pour visiter les vegas de Ñorquinco, renommées pour leur beauté, dans le voisinage desquelles on a commencé la démarcation de la frontière avec le Chili. Cette région de Pulmari et de ses environs est une des plus belles que j’aie vues jusqu’à ce jour, et judicieusement exploitée par la nation, elle deviendrait assurément, en peu de temps, un centre d’activité si la colonisation s’effectuait avec des éléments qui répondissent aux conditions du sol. Mais pour cela il est indispensable de réformer nos lois de colonisation qui eurent leur raison d’être tant que l’on croyait à l’uniformité du territoire argentin fiscal, assimilé alors au type général de la pampa — la plaine ; mais aujourd’hui que l’on sait que nous avons des territoires si variés dans leur constitution physique, base de futures industries variées qui constitueront notre principale richesse nationale, il est nécessaire de stimuler l’exploitation rationnelle de la terre et de ses ressources naturelles.

Les paysages qui se succèdent sur notre chemin sont aussi variés que beaux. Les petits lacs azurés, profonds, semblables à des lentilles irrégulières, festonnés par des araucarias et des cyprès, et les blanches rives de quartz décomposé forment, vus d’en haut, un ensemble paisible empreint d’une douce majesté, sans tons violents, au milieu d’une nature silencieuse.