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rocher, on observe clairement le lit du glacier qui couvrit le lac : de profondes crevasses latérales arrondies lui donnent l’aspect caractéristique de dos de baleine ; les stries et les rainures polies se conservent bien. Ce promontoire est situé à trois cents mètres au-dessus du lac, et de là on domine le paysage morainique de la vallée orientale et une vaste étendue du lac avec ses quatre îles et les pittoresques bras occidentaux ; sur toute la rive, aussi loin qu’atteint la vue, une ceinture d’arbres, où dominent les cyprès, sépare du lac la moraine ondulée.

La Cordillère neigeuse, énorme, dentelée et arrondie, d’après la constitution rocheuse de ses sommets, forme comme un rideau sur la face ouest et sud-ouest ; au nord, les bois cachent les roches abruptes néovolcaniques. On voit que les blocs de granit proviennent des chaînes de l’ouest et du sud-ouest, et pour arriver jusqu’au point où je les observe, ils ont dû passer sur la partie du grand lac recouverte par le glacier aujourd’hui disparu. Dans cette région, le glacier le plus rapproché est celui du Tronador, aux sources du Rio Frio ; mais on n’aperçoit pas le géant neigeux dont la présence est révélé, malgré la distance considérable, par des coups de tonnerre rauques et profonds produits par la chute de la glace.

Je ne puis entrer maintenant dans une description de cette partie du lac ; elle se fera en son temps, renvoyant aux photographies qui accompagnent ces Notes. Je retourne à l’estancia de Jones. Il paraît que, si elle produit du blé, la terre a bien vite besoin d’engrais ; mais les pommes de terre, les pois, les fèves, les oignons donnent d’abondantes récoltes.

Les colons du lieu sont alarmés : une bande de maraudeurs chiliens est en train de commettre des brigandages ; deux jours avant notre arrivée, ils ont assassiné un habitant, et plus tard un de ceux de la même bande pour lui voler les bottes qu’il avait prises à sa victime. Cette partie de notre territoire est complètement abandonnée. Il est impossible qu’avec le personnel restreint dont il dispose, le gouverneur du Neuquen puisse surveiller tout le territoire, et il serait à souhaiter que le Ministre de la Guerre résolût d’envoyer à Nahuel-Huapi un corps de ligne qui pourrait être le noyau d’une colonie militaire très utile. Transportez là la colonie « Sargento Cabral » située dans les « mauvaises terres » de Catalin.

Le 8, de bonne heure, nous traversons le Limay dans le canot de Mr. Jones, en face de l’estancia de Gabriel Zavaleta.

Le fleuve coule au milieu de la moraine très abrupte et le