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L’ENVERS DU JOURNALISME

On a lu ce rapport et on sait mainteant ce qu’il contenait. Ceux qui y étaient désignés — les « nommés », comme on les appela, — demandèrent le secours de ceux qui n’avaient pas été « nommés » et qui auraient pu l’être autant qu’eux. Tous étaient solidaires et tous organisèrent la conspiration du mépris et de la fausse indignation. On feignit de croire que le plus grand coupable, en cette affaire, c’était le magistrat enquêteur, qui avait manqué à toutes les règles de la bienséance en dévoilant tant de turpitudes. On n’épargna pas non plus les pompiers et les policiers, gens de peu et sans éducation, qui étaient venus tout bonnement raconter, comme ça, qu’on leur avait extorqué de l’argent, sous prétexte de leur vendre des positions.

Est-ce que ces choses se répètent, je vous le demande, dans la bonne société ? Fi donc !

Comme on l’a si bien dit, le public aime à être trompé et volé. Il partagea donc l’indignation de ses vertueux échevins, et il a, depuis, réélu quelques uns des plus notoires « boodlers ». Ce en quoi le public, dont le bon sens est proverbial, n’a du reste pas eu complètement tort : un ancien « boodler » n’en vaut-il pas un nouveau ?

Mais à l’époque dont nous parlons, le rapport n’avait pas encore été rendu publique. Sa publication fut plusieurs fois différée, et quand on en annonça définitivement la date, l’impatience du public et l’anxiété des intéressés furent à leur comble.

C’était l’événement du jour ; on ne parlait pas d’autre chose et on s’abordait, dans la rue, en se demandant : « le juge Cannon va-t-il passer condam-