Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes I.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mée, cela le surprit et l’inquiéta ; il sonna, personne ne venait ; il toucha la porte, qui s’ouvrit, et s’arrêta dans la salle à manger ; une femme de chambre vint à sa rencontre, il lui demanda s’il pouvait entrer. — Je vais le demander, répondit-elle. Comme elle entrait dans le salon, Gilbert entendit entre les deux portes une voix tremblante qu’il reconnut et qui disait tout bas : Dites que je n’y suis pas.

Il m’a dit lui-même que ce peu de mots prononcés dans les ténèbres, au moment où il s’y attendait le moins, lui avaient fait plus de mal qu’un coup d’épée. Il sortit dans un étonnement inexprimable. — Elle était là, se dit-il, elle m’a vu sans doute. Qu’arrive-t-il ? ne pouvait-elle me dire un mot, ou du moins m’écrire ? Huit jours se passèrent sans lettres, et sans qu’il pût voir la comtesse. Enfin, il reçut la lettre suivante :

« Adieu ! il faut que vous vous souveniez de votre projet de voyage et que vous me teniez parole. Ah ! Je fais un grand sacrifice en ce moment. Quelques mots profondément sentis et que vous m’avez dits au sujet d’un parti funeste que je voulais prendre, m’arrêtent seuls. Je vivrai. Mais il ne faut pas entièrement arracher une pensée qui seule peut me donner une apparence de tranquillité. Permettez, mon ami, que je la place seulement à distance, avec des conditions ; si, par exemple, une entière indifférence pour moi prenait place dans votre cœur ; — si, une fois de retour, et le cœur