Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes I.djvu/81

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Au milieu de toutes ces folies, Valentin avait dans le cœur un sentiment qui devait le préserver, c’était son affection pour sa mère. Sa mère, il est vrai, l’avait toujours gâté ; c’est un tort, dit-on, je n’en sais rien ; mais, en tout cas, c’est le meilleur et le plus naturel des torts. L’excellente femme qui avait donné la vie à Valentin fit tout au monde pour la lui rendre douce. Elle n’était pas riche, comme vous savez. Si tous les petits écus glissés en cachette dans la main de l’enfant chéri s’étaient trouvés tout à coup rassemblés, ils auraient pourtant fait une belle pile. Valentin, dans tous ses désordres, n’eut jamais d’autre frein que l’idée de ne pas rapporter un chagrin à sa mère ; mais cette idée le suivait partout. D’un autre côté, cette affection salutaire ouvrait son cœur à toutes les bonnes pensées, à tous les sentiments honnêtes. C’était pour lui la clef d’un monde qu’il n’eût peut être pas compris sans cela. Je ne sais qui a dit le premier qu’un être aimé n’est jamais malheureux ; celui là eût pu dire encore : « Qui aime sa mère n’est jamais méchant. » Quand Valentin regagnait le logis, après quelque folle équipée,

Traînant l’aile et tirant le pié,


sa mère arrivait et le consolait. Qui pourrait compter les soins patients, les attentions en apparence faciles, les petites joies intérieures, par lesquels l’amitié se