Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/148

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surer de l’exactitude de sa copie, elle eut compté une à une les lettres qui lui avaient servi de modèle, elle se promena autour de la table, le cœur palpitant d’aise comme si elle eût remporté une victoire. Ce mot de Camille qu’elle venait d’écrire lui paraissait admirable à voir, et devait certainement, à son sens, exprimer les plus belles choses du monde. Dans ce mot seul, il lui semblait voir une multitude de pensées, toutes plus douces, plus mystérieuses, plus charmantes les unes que les autres. Elle était loin de croire que ce n’était que son nom.

On était au mois de juillet, l’air était pur et la nuit superbe. Camille avait ouvert sa fenêtre ; elle s’y arrêtait de temps en temps, et là, rêvant, les cheveux dénoués, les bras croisés, les yeux brillants, belle de cette pâleur que la clarté des nuits donne aux femmes, elle regardait l’une des plus tristes perspectives qu’on puisse avoir devant les yeux : l’étroite cour d’une longue maison où se trouvait logée une entreprise de diligences. Dans cette cour, froide, humide et malsaine, jamais un rayon de soleil n’avait pénétré ; la hauteur des étages, entassés l’un sur l’autre, défendait contre la lumière cette espèce de cave. Quatre ou cinq grosses voitures, serrées sous un hangar, présentaient leurs timons à qui voulait entrer. Deux ou trois autres, laissées dans la cour, faute de place, semblaient attendre les chevaux, dont le piétinement dans l’écurie demandait l’avoine du soir au matin. Au-dessus d’une porte strictement fermée