Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/155

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entouré d’êtres réprouvés du monde, objets de mépris et de pitié ? Dois-je passer ma vie avec des muets, vieillir au milieu de leur affreux silence, avoir les yeux fermés par leurs mains ? Mon nom, dont je ne tire pas vanité, Dieu le sait, mais qui, enfin, est celui de mon père, dois-je le laisser à des infortunés qui ne pourront ni le signer ni le prononcer ?

— Non pas le prononcer, dit Giraud, mais le signer, c’est autre chose.

— Le signer ! s’écria le chevalier. Êtes-vous privé de raison ?

— Je sais ce que je dis, et ce jeune homme sait écrire, répliqua l’oncle. Je vous témoigne et vous certifie qu’il écrit même fort bien et même très couramment, comme sa proposition, que j’ai dans ma poche et qui est fort honnête, en fait foi.

Le bonhomme montra en même temps au chevalier le papier sur lequel le marquis de Maubray avait tracé le peu de mots qui exposaient, d’une manière laconique, il est vrai, mais claire, l’objet de sa demande.

— Que signifie cela ? dit le père. Depuis quand les sourds-muets tiennent-ils la plume ? Quel conte me faites-vous, Giraud ?

— Ma foi, dit Giraud, je ne sais ce qui en est, ni comment pareille chose peut se faire. La vérité est que mon intention était tout bonnement de distraire Camille, et de voir un peu aussi, avec elle, ce que c’est que les pirouettes. Ce petit marquis s’est trouvé être