Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/297

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rents et leurs amis. Le décachetage amusait le roi. Pour se désennuyer de ses plaisirs, il se faisait lire par sa favorite tout ce qu’on trouvait de curieux à la poste. Bien entendu que, sous le prétexte de faire lui-même sa police secrète, il se divertissait de mille intrigues qui lui passaient ainsi sous les yeux ; mais quiconque, de près ou de loin, tenait aux chefs des factions, était presque toujours perdu. On sait que Louis XV, avec toutes sortes de faiblesses, n’avait qu’une seule force, celle d’être inexorable.

Un soir qu’il était devant le feu, les pieds sur le manteau de la cheminée, mélancolique à son ordinaire, la marquise, parcourant un paquet de lettres, haussait les épaules en riant. Le roi demanda ce qu’il y avait.

— C’est que je trouve là, répondit-elle, une lettre qui n’a pas le sens commun, mais c’est une chose touchante et qui fait pitié.

— Qu’y a-t-il au bas ? dit le roi.

— Point de nom : c’est une lettre d’amour.

— Et qu’y a-t-il dessus ?

— Voilà le plaisant. C’est qu’elle est adressée à mademoiselle d’Annebault, la nièce de ma bonne amie, madame d’Estrades. C’est apparemment pour que je la voie qu’on l’a fourrée avec ces papiers.

— Et qu’y a-t-il dedans ? dit encore le roi.

— Mais, je vous dis, c’est de l’amour. Il y est question aussi de Vauvert et de Neauflette. Est-on un gen-