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NOËLS ANCIENS


Saluons aussi la Mère
Qui dans son sein l’a porté :
Noé, Noé, Noé, Noé !
Prions-la d’un cœur sincère
De dire pour nous : Christe.

Il est né dans une étable,
Pauvre, faible, et tout glacé.
Noé, Noé, Noé, Noé !
Il aura pour agréable
Qu’on répète : Kyrie.

Tâchons que cette naissance
Nous mène à la sainteté.
Noé, Noé, Noé, Noé !
Pour en avoir l’assurance,
Disons souvent : Kyrie.

Tous les saints se réjouissent,
Le ciel même a répété :
Noé, Noé, Noé, Noé !
Qu’à l’envi nos voix unissent
Au Gloria : Kyrie. [1].


Tel fut le noël que l’on chanta à Québec, à la messe de minuit, le 25 décembre 1645, célébrée dans la maison

  1. Cf : Cantiques à l’usage du Diocèse de Belley, 3ième partie, 3ième noël, air N° 10, page 72 — Lyon — J. B. Pélagaud et Cie, 1848.

    Ce cantique se chante, ou plutôt se chantait encore en 1848, à la messe de minuit, par tout le diocèse de Belley. L’éditeur du recueil prend même le soin d’indiquer que le Kyrie Eleison, chanté comme refrain, est celui de la Messe Royale d’Henri Dumont, célèbre musicien-compositeur du dix-septième siècle.

    Ce vieil usage de chanter un air de plain-chant comme refrain de cantiques et de noëls me rappelle un amusant anachronisme du fameux peintre italien Domenico Currado del Ghirlandajo. À Florence, à l’Hôpital des Enfants Trouvés (Spedale degli Innocenti), dans l’église, le tableau du maître-autel représente l’Adoration des Mages. Sur le toit de l’étable on voit des anges déroulant une banderole sur laquelle on lit : Gloria in excelsis Deo écrit… sous une portée de plain-chant ! Les anges chantant le Gloria in excelsis en plain-chant à la naissance de Notre-Seigneur, voilà qui s’appelle une primeur. La belle réclame pour saint Grégoire-le-Grand !