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NOËLS ANCIENS

convient, en toute justice, de rappeler qu’il embrassa l’état religieux très jeune, contre son gré, pour obéir à son père ; ce qui explique ce naufrage moral, conséquence inévitable de toutes les vocations forcées. Ses protecteurs le sortirent d’embarras en lui procurant une pension sur le Mercure où il rédigea la partie des spectacles. Ce qu’il retirait de ses travaux il le donnait à sa famille qui vivait dans la gêne, et il se refusait souvent à lui-même le plus nécessaire. Deux choses contribuèrent au discrédit dans lequel il tomba : son extérieur négligé, et sa difficulté à s’exprimer. Il affichait parfois une sorte de vanité naïve qui lui valut d’amères sarcasmes et le fit cribler de traits satiriques. On raconte, entre autres anecdotes, qu’après la première représentation de Mérope, un bel esprit, nommé Dumont, entra au café Procope en s’écriant : « En vérité, Voltaire est le roi des poètes ! » — « Eh ! que suis-je donc, moi ? » demanda Pellegrin d’un air piqué. — « Vous en êtes le doyen ! » répliqua Dumont.

Si la vanité de Pellegrin était excessive, sa probité littéraire était absolue. Il s’indignait quand on lui attribuait la paternité de poésies, remarquables d’ailleurs, mais dont il n’était pas l’auteur. Sur ce point-là le poète-abbé se montrait d’une susceptibilité extrême et il protestait hautement. Si fort même que l’on est tenté de confondre l’indignation de cet honnête écrivain avec la fausse modestie d’un orgueilleux. C’était peut-être aussi un habile moyen de se faire une réclame.

Pellegrin fut un auteur fécond ; il composa des tragédies, des opéras, des vaudevilles, des Poésies chrétiennes, des Noëls nouveaux, qui ont eu plusieurs éditions, des recueils où il ajusta sur des airs d’opéras et de vaudevilles l’histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament, les Psaumes, les Dogmes de la religion, les Proverbes de Salomon, l’Imitation de Jésus-Christ, etc. Il mourut à Paris, le 5 septembre 1745, à l’âge de quatre-vingt-deux ans.

Je n’ai à m’occuper ici que d’une seule œuvre de