Page:Myrand - Noëls anciens de la Nouvelle-France, 1899.djvu/80

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
81
NOËLS ANCIENS

Ça, bergers, assemblons-nous, se lit couramment, tant les mots en sont encore usuels, connus et peu vieillis. Personne n’a dû recourir au dictionnaire pour les comprendre.

Mais la lecture du noël-type qui servit de décalque au Venez, divin Messie, est autrement ardue. Chacune de ses strophes renferme pour le moins un mot barbare. Un oiseau s’appelle une mauvis, un lourdaud un loriquart, une trompette une buccine, un galant un muguet, un bâton un billard. On y gringotte au lieu de fredonner, on estraque au lieu d’arracher, on mène un grand soulas pour dire que l’on s’amuse, etc. Bref, la moitié du noël se lit dans le glossaire. Le voici, d’ailleurs, au grand complet, en regard du cantique de Pellegrin.


NOËL POPULAIRE


Laissez paître vos bêtes,
Pastoureaux, par monts et par vaux ;
Laissez paître vos bêtes,
Et venez chanter Nau !

J’ai ouï chanter le rossignol
Qui chantait un chant si nouveau,
Si haut, si beau,
Si résonneau ;
Il me rompait la tête,
Tant il prêchait et caquetait ;
Adonc pris ma houlette
Pour aller voir Nolet.
Laissez paître vos bêtes, etc.

Je m’enquis au berger Nolet :
— As-tu ouï le rossignolet ?
Tant joliet
Qui gringottait [1]
Là-haut sur une épine ?
— Ah ! oui, dit-il, je l’ai ouï ;
J’en ai pris ma buccine [2]
Et m’en suis réjoui.

Nous dîmes tous, une chanson ;
Vinrent les autres tous au son.
Or, sus, dansons ;
Prends Alison,
Je prendrai Guillemette,
Margot, tu prendras gros Guillot.
Qui prendra Pêronnette ?
Ce sera Talebot.

NOËL DE PELLEGRIN


Venez, divin Messie,
Sauvez nos jours infortunés ;
Venez, source de vie,
Venez, venez, venez !

Ah ! descendez, hâtez vos pas,
Sauvez les hommes du trépas ;
Secourez-nous,
Ne tardez pas.
Venez, divin Messie,
Sauver nos jours infortunés ;
Venez, source de vie,
Venez, venez, venez !
Venez, divin Messie, etc.

Ah ! désarmez votre courroux ;
Nous soupirons à vos genoux,
Seigneur, nous n’es-
pérons qu’en vous.
Pour nous livrer la guerre.
Tous les enfers sont déchaînés ;
Descendez sur la terre,
Venez, venez, venez !

Que nous souffrons de maux divers !
L’affreux démon nous tient aux fers ;
Nous gémissons
dans les enfers ;
Vous voyez l’esclavage
Où vos enfants sont condamnés ;
Conservez votre ouvrage,
Venez, venez, venez !

  1. Gringotter, c’est-à-dire fredonner, chanter.
  2. Buccine, pour trompette.