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382 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

affaire. Mais pas du tout. La culture et la sensibi- lité ne se réunissent pas du tout en moi. Ce que je fais pour la première ne libère pas la seconde. La première est trop compliquée, et la seconde est trop impulsive. J'oscille toujours entre la critique et la chanson (je dis la chanson la plus naïve, la chanson d'un enfant qui veut la lune). En sorte qu'avec tout ça, je n'avance guère. A mon âge, Hugo publiait les Odes et Ballades, Et le délicieux Musset, à vingt ans, avait donné ses plus belles choses ! Ah ! l'Enfant sublime est bien vieux et bien stérile ! Pourtant je ne désespère pas. Mais le feu de joie commence à brûler tristement sur la place qui n'est plus bien passante. Je veux éclairer les visages.

Il s'agirait aussi de donner à mes idées, à mes sentiments, une autre unité que celle d'une danse. Et ça n'est pas bien commode... Quand finirai-je r Enthousiasme ? Je me propose, quand j'aurai reçu de toi une lettre convenable, de dresser notre bilan. Mais je n'ai pas de goût pour le développe- ment... Je ne peux plus supporter que le rapide, le resserré. Je ne veux pas de vallées entre les mon- tagnes, pas de défilés entre les pierres brûlantes, pas de trio entre l'andante et l'allégro. Et peut- être ce que je prends pour de l'amour et de la flamme, ce goût de la brièveté, de l'éclat soutenu, n'est au fond qu'une grande impuissance.

Egaie-moi un peu. Au fond, je devrais être

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