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992 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

qui les tourmente. Hier soir, l'un d'eux a sauté sur mon bras, mais il n'a pas eu la gentillesse de retomber dans la pirogue.

A propos de pêche, il y a quelques semaines, j'étais sur l'eau. C'était un matin de brouillard. Tout à coup, dans le silence, j'entends comme un appel au secours. Je rame dans cette direction et trouve un Indien poussant des cris, simplement pour éloigner les mauvais esprits. Voyant que j'avais pris deux poissons, son sens commercial s'est réveillé aussitôt. Il a voulu les acheter. J'ai eu la simpli- cité d'y consentir. Il ne m'a jamais payée. Ce personnage est connu sous le nom de Cultus Bob, ce qui veut dire en chinouk : canaille de Bob.

La mort des saumons et la pluie diluvienne ne m'em- pêchent pas de continuer à vivre sur l'eau. Je suis équipée comme un marin, avec des bottes, un ciré et un suroît. Le fjord est maintenant envahi par les canards. Il y en a au moins de cinq ou six variétés. Des vols d'oies passent très haut dans le ciel. Je vois parfois un vieux chasseur, qui me dit avoir tué trente ours, ce qui m'en impose beaucoup. Je n'avais jamais tenu un fusil avant d'être venue au Canada. Il me prête son Winchester. Nous allons nous exercer sur des troncs, à la limite de la zone déboisée. Je tire sur les canards avec une arme, mi-revol- ver, mi-carabine, qui porte très loin : pour des débuts, c'est un peu dangereux. J'apprends incidemment que hier une panthère a étranglé un chien en pleine rue d'Alberni et que des enfants, allant à l'école, ont croisé deux ours.

Dans la ville, je ne connais que très peu de monde : une jeune Irlandaise, son frère et son fiancé. Miss Macla-

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