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468 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

des, esprits que nulle règle ne vient rappeler à l'ordre !

Nous nous permettrons de fixer encore un des principaux travers d'un peintre dont la silhouette s'efface singulière- ment à mesure que les seuls maîtres Cézanne et Renoir se rapprochent de nous. Nous avons longuement réfléchi avant de l'accuser d'un certain mal dont nous sommes à peine guéris. Il sera curieux de comparer à la fois les textes et les œuvres pour prouver plus tard ce que nous ne ferons qu'énoncer aujourd'hui : la part qui revient à Gauguin dans le malaise cubiste, que nous considérons comme une métaphore plas- tique. Parlant de la sculpture, Gauguin écrit que c'est « très facile quand on regarde la nature, très difficile quand on veut s'exprimer un peu mystérieusement en paraboles, trouver des formes. » Parlant de la peinture, il écrit : « J'ai tou- jours dit (sinon dit) pensé que la poésie littéraire du peintre était spéciale et non l'illustration ou la traduction, par des formes, des écrits : il y a en somme en peinture plus à cher- cher la suggestion que la description comme le fait d'ailleurs la musique. »

Nous lisons chaque jour l'équivalent de cette phrase dans les manifestes des poètes et des peintres dits cubistes. Nous rapprocherons plus tard ce passage significatif d'un article de M. Reverdy, poète initié aux arcanes du cubisme, qu'il considère comme une nouvelle branche de l'activité artistique et qu'il formule : « Cubisme, poésie plastique. » On devine déjà les multiples répercussions d'un terrible malentendu.

On jugera peut-être sévèrement cette courte étude sur un homme que la plupart des littérateurs considèrent comme un grand artiste. Comment des poètes résisteraient-ils à décou- vrir de la « noblesse » dans l'attitude du peintre qui écrivait à M. de Monfreid, en réponse à une lettre où celui-ci lui parlait des soins à apporter au métier : « Le principal qui m'occupe toujours c'est de savoir si je suis dans la bonne voie, en pro- grès, si je fais des fautes d'art. Car les questions de matière.

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