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530 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

L'étude de leurs dissemblances et la recherche de leurs points communs seront pour nous fécondes en enseigne- ments. L'analyse du « cas» David jettera un peu de lumière sur notre propre cas. Avec les Lenain, nous sommes en contact avec des peintres qui, sans s'en aperce- voir, se servaient d'un métier qu'ils avaient appris et dont l'emploi leur était devenu instinctif. Toutes leurs recherches visaient le choix d'un sujet dont l'apparente vulgarité ne fût pas incompatible avec la noblesse. David arrive à un moment de grande défaillance. Il lui faut réagir contre le premier flux violent du romantisme et lutter à la fois contre la sentimentalité ou la mièvrerie des sujets, encouragée par les littérateurs (Diderot en particulier) et contre la virtuosité trop hardiment étalée. Comme un conducteur dont l'attelage faiblit tout à coup serre les rênes qu'il laissait flotter et calcule la force du fouet jusque-là inutile, David a besoin, pour mener à bien sa besogne, de réaliser tous les pouvoirs dont il dispose. Il surveille et souligne son jeu. Il met en évidence ses moyens et les explique. Voici le maître emporté par ce courant qui devait nous mener si loin. (Jusqu'au cubisme.) Le caractère de la peinture moderne n'est-il pas dans ce penchant à la confidence, dans ces démonstrations sur la toile que fait le peintre de ses méthodes ? C'est par les tableaux de David — tableaux d'histoire ou portraits (les originaux de ceux-ci ne déploient-ils pas leurs bras ou n'inclinent-ils pas leur visage selon la même courbe qu'un bouclier ou le même angle que souligne une épée ?) — c'est dans la salle du Couronnement que nous assistons à la naissance d'un événement tout à fait nouveau en peinture : l'enivrement de l'artiste à manier les éléments

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