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4^2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

tiennent au contraire qu'il faut bien se garder de remédier à la famine, pour ne pas consolider le gouvernement actuel. Entre la politique et l'humanité, pas de confusion. La première d'abord. La seconde ? Peuh ! Ils me rappellent les gens que je voyais, pendant la guerre, faire les stratèges en chambre, plan- tant de petits drapeaux sur des cartes, et qui, lorsque je leur parlais des malheureux qui tombaient, ouvraient des yeux tout ronds : ils n'y pensaient pas. Savez -vous ce qu'elle doit être, à mon avis, la révolution russe ? Tout comme notre admirable révolution française : un assez beau spectacle d'atrocités, de cruautés et d'imbécillités. Ne répétez pas trop ce que je vous dis là. Il parait que c'est un sacrilège national. C'est être mau- vais Français que de faire ce rapprochement. Soyons donc mauvais Français ! Si être bon Français c'est être un imbécile ? Assez d'autres seront bons à notre place. On en a vu un exemple à une séance récente de la Chambre. Un député s'était mêlé de trouver des ressemblances entre les deux révolutions. Oser cela ! Un autre député se leva, qui serait plus propre à jouer le mélodrame à l'Ambigu, et lui jeta ces mots : « Vous insultez la révolution française. » Voilà un bon Français dans le sens indiqué plus haut. Notez qu'on ne sait pas très bien ce que signifie ce qu'a dit ce monsieur. Comment peut-on insulter un événement, un fait de l'histoire ? Encore un exemple du style à effet. Les nigauds s'ébahissent, béent d'admiration. Quand on cherche le sens, la signification, on trouve zéro. J'ai toujours eu idée que Gambetta, leur grand homme, était un aigie du même genre, un aigle comme l'était également Jaurès et comme le sont bien d'autres aujourd'hui. En réalité, tous ces augures n'y changeront rien. Révolution russe, révolution fran- çaise, comme toute révolution, c'est absolument la même histoire. Il doit v avoir là-bas ce que nous avons eu ici : le meurtre, la spoliation, la justice sommaire, la dénonciation, la haine de bas en haut, avec beaucoup de discours pour couvrir le tout. On dit même qu'ils ont là-bas leurs fêtes d'art. Des fêtes d'art à de malheureux moujicks ! Nous avions aussi notre mysticisme. Nous avions nos fêtes de l'Etre suprême. Il faut bien un dieu d'un genre ou d'un autre ! Nous avions nos fêtes de la Déesse Raison. C'était même une fille publique qui la personnifiait. On voulait sans doute taire croire que la raison

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