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NOTES 54 1

gros livre de M. S. A. Bernouilli : Franz Overbeck et Frédéric Nietzsche, Histoire d'une Amitié, M. T. de Wyzewa publie quelques extraits d'une correspondance entre Overbeck et Mme Nietzsche. Les lettres de celles-ci sont trop émouvantes pour que nous n'ayons souhaité en reproduire ici certains passages.

Nietzsche, fou, est pensionnaire d'une maison de santé à Iéna. Sa mère est venue s'installer auprès de lui, dans une chambre meublée. Le 22 mars 1890, elle écrit :

" Je ne puis assez remercier le bon Dieu pour la pensée qu'il m'a suggérée de venir ici. Mon cher Fritz en est profondé- ment heureux, et ne cesse point d'en exprimer sa joie. Et j'ai l'impression, aussi, que son esprit devient plus clair de semaine en semaine. L'autre jour, il m'avait joué quelque chose qui m'avait tant plu ; et comme, vers le soir, je lui demandais ce que c'avait été, il m'a répondu : " Opus 31 de Louis van Beethoven, trois morceaux I "... Son jeu, aussi, a quelque chose de si réfléchi, que l'on s'aperçoit qu'il pense à ce qu'il joue ; et je vous dirai encore que, le plus souvent, il joue très doucement, parce que je l'en ai prié. Il est arrivé aussi, un jour, qu'il n'a plus voulu se laisser conduire par moi, dans nos promenades : sur quoi je l'ai menacé de m'en aller, et le voilà qui redevient tout sage, et m'embrasse aussitôt, dans la rue ! Sa gesticulation, aussi, se fait plus rare... Le tout est de s'accoutumer à vivre avec le cher enfant ; et c'est ce qu'un étranger ne peut pas faire."

De Naumbourg, le 28 mai :

" Ma lecture fait toujours son bonheur, bien que je ne crois pas qu'il comprenne ce que je lui dis..."

Le 5 octobre :

" Je dois vous dire encore que, tous les jours, je soumets le cher enfant à une sorte de petit exercice de mémoire. Par exemple, je lui nomme des auteurs comme Epicure, Aristote, etc., et je lui demande: " Raconte-moi donc un peu qui c'était ! " Et alors il me raconte pendant une heure de temps, et m'explique en quoi ces hommes se sont distingués et passe ensuite à d'autres personnages fameux : si bien que je suis

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