Page:NRF 1909 12.djvu/121

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


NOTES 543

Mais elle n'a pas de majesté. Et c'est vrai que parfois sa pensée un peu terne atteint à la simplicité ; mais cette simplicité, à son tour, jamais n'atteint à la grandeur. On pourrait dire que quelques-uns des vers de ce livre ne sont pas bons, s'ils étaient accolés à d'autres vers excellents. Mais c'est un livre tout uni. Cette unité est assez grise. Et d'ailleurs c'est justement cette tenue égale, cette trop sourde et constante tristesse, c'est ce sérieux sans éclat qui font le plus sûr mérite du livre de M. Porche.

Livre dépourvu d'emphase, que le lyrisme ne visite pas assez souvent, qu'embarrasse je ne sais quelle gaucherie, mais que presque jamais la vulgarité ne gâte. Pas d'apprêt, mais aussi, peu d'art. Un ton souvent abstrait. Ce n'est pas que la poésie la plus belle ne soit parfois la plus abstraite. Mais l'abstraction chez M. Porche manque de chaleur, comme sa couleur manque de vie.

Seulement sa sensibilité est d'une parfaite justesse. Sa tristesse est moins étroite que celle de Charles Guérin ; elle est aussi moins puissante. Mais elle n'est pas plus banale. De sorte qu'on en vient à se demander si la force de M. Porche est involon- tairement timide, ou bien volontairement voilée.

Ce poëte très sensible, mais très susceptible, espère toujours qu'il trouvera le bonheur " au loin, peut-être". Il a d'abord vingt ans, puis trente. Et à trente ans, il est un peu découragé.

Quel feu de la Saint Jean qu'un cœur de tout jeune homme!

Mais

Dix ans ont mis un voile au regard ingénu Qu'adolescent, provincial, nouveau venu Je jetais sur la ville en tous sens parcourue.

Souffrir, c'est lentement perdre les yeux du corps C'est bientôt ne plus voir les choses du dehors Et le ciel qu'à travers un déluge de cendre.

�� �