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DU VERS FRANÇAIS 437

formules. Il arrive pourtant que cet instinct som- meille, et je ne saurais passer, même à Griffin, son insouciance à supprimer certaines syllabes muettes. L'inspiration de Van Lerberghe, dans sa grâce souple et fraîche, a moins de richesse et d'ampleur ; mais elle est servie à merveille par une technique réfléchie qui jamais ne heurte et jamais ne déçoit. Les vers de la Chanson d'Eve sont les seuls, avec quelques vers libérés de Henri de Régnier, qui se relient aux rythmes tradition- nels sans aucunement s'y asservir. Forme de tran- sition, si l'on veut, mais qui, plus répandue, eût pu suffire aux besoins de toute une génération. Ghéon demande impérieusement une transforma- tion plus radicale; mais l'arbitraire lui fait horreur. Autant il répudie de gênes inutiles, autant il assume de justes contraintes ; la longueur des unités rythmiques, l'allitération, l'assonance, il ne livre rien au hasard ; il a donc le droit d'attendre que ses vers soient " non seulement sentis, mais approu- vés ". J'approuverais donc la Strophe Analytique, si je savais moins tout ce qu'elle exige d'âpre et d'obstiné labeur. Il est dangereux qu'une forme d'art demeure constamment facile ; encore faut- il qu'elle puisse le devenir, et que le souffle ingénu d'un Lamartine ne s'y épuise point en savants efforts.

Peut-être à présent va-t-on me reprocher, plutôt qu'un excès de dogmatisme, une hésitation trop

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