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CHARLES BLANCHARD 465

teindre. Les premiers temps, quand le bois brûlait bien, quand par exemple il y en avait trois mor- ceaux, il faisait si bon qu'il en avait mal à la tête. Mais bientôt l'hiver devint si froid, qu'il n'eut plus jamais la migraine et il eût fallu même qu'il fût petit comme une braise et accroupi au milieu des flammes pour en pouvoir sentir la chaleur.

Charles Blanchard eut beaucoup d'occupations pendant l'hiver. Toute sa matinée était prise. Son dos l'occupait, ses hanches l'occupaient, ses mains l'occupaient, et quant à ses pieds, il avait une fois entendu sa mère dire : Je ne sens plus mes pieds ; il n'arrivait pas à réunir les termes exacts dont elle s'était servie mais il reconstituait la même pensée en ces termes :

— J'ai perdu mes pieds.

Toute la matinée il s'efforçait de rechercher ce qu'il avait perdu. Quand il retrouvait ses pieds, il lui manquait quelque chose dans les épaules, un peu plus tard il en était à ses mains, puis il éprou- vait au bout du nez la ridicule sensation d'un grand vide. Jamais il n'arrivait à se rassembler tout entier. Il imaginait des poses singulières : en demi-cercle, avec le feu au milieu, mais il n'abou- tissait à aucun résultat décisif, car si sa poitrine était présentée à la chaleur, au froid son dos était offert. D'autres fois il s'accroupissait, il se faisait aussi petit qu'on peut l'être : la tête entre les

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