Page:NRF 1909 12.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


CHARLES BLANCHARD 467

mettait à croire que le lendemain, à son réveil, la bonne saison serait venue pendant qu'il dormait. Il disait :

— Il fera chaud demain, n'est-ce pas, maman !

Il ne fit jamais chaud le lendemain. Il y eut des jours de neige qui n'étaient pas les plus durs, même avec leur humidité, car il y eut des jours de gel où le froid sous la porte entrait comme un torrent et eût emporté une chaleur bien plus forte que celle du foyer de Solange Blanchard. L'hiver balayait tout sur son passage, et ramassant les sentiments dont chacun s'efforçait d'entourer son cœur, l'hiver les enlevait comme un duvet et vous laissait une âme toute nue sur laquelle il régnait avec rage. Une seule chose existait : elle s'appelait la souffrance. Il était indiscutable qu'elle fût là, l'enfant grelottait, et dans la position qu'il avait adoptée, à cheval sur le feu, comme disait sa mère, il la sentait passer en lui comme un courant d'eau froide et glacer cette confiance que jusqu'ici il avait mise à vivre.

Il ne sut pas combien de temps dura l'hiver. L'hiver était une saison de laquelle on n'arrivait pas à sortir. Chaque jour, vers quatre heures de l'après-midi, une ombre puissante, par la fenêtre entrait dans la chambre, et lentement, sûre de la victoire, avec une force, avec un poids, s'avançait vers la femme et l'enfant et leur imposait sa présence.

�� �