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47$ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Ces lettres, — il y en avait cinq ou six, — je les ai retrouvées bien des années plus tard, parmi les papiers de famille. Mon père, qui gardait jusqu'au moindre billet de faire-part et rangeait ses paperasses avec un soin tatillon, les avait classées en y joignant le duplicata de ses réponses. Le dossier portait, de son écriture saccadée : AFFAIRE DAVÈZIEUX. L'intérêt de cette vieille histoire s'était alors tout à fait refroidi pour moi ; j'étais édifié sur la valeur des personnages en jeu et sur les agissements humains. Je ne fus pas moins confondu, lorsque je mis le nez dans cette correspondance. Reproches acerbes, sommations arrogantes, menaces, injures, quel crescendo ! Et la colère ayant fait choir les masques, quelles vilaines figures apparaissaient ! Le beau Tonio, ce rentier suffisant, et sa prétentieuse épouse dénonçaient leur bassesse d'âme avec un cynisme involontaire. En guise d'arguments, ils jetaient à la face de mes parents tous les racontars plus ou moins fondés qui, depuis un demi-siècle, avaient couru sur tel ou tel de nos proches. Dans quelle famille, voire la plus honorable, n'y a-t-il pas de brebis galeuses, d'histoires d'argent, de péchés d'amour? Nous étions donc déshonorés parce qu'un Tuffier avait jadis fait faillite, qu'une dame Aubineau avait tourné mal, que sais-je encore ? L'affaire Tourneur, véritable obsession, revenait tout naturellement sur l'eau. M. Davèzieux, devenu soudain fort coulant, reprochait à mon père "sa conduite infâme " vis-à-vis d'un ami d'enfance que tout le monde eût absous si lui ne l'avait condamné. Il écrivait : " Tourneur a épousé sa maîtresse. Et puis après ? Vous oubliez que votre grand oncle Landry a vécu avec sa cuisinière avant d'en faire votre grand'

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