Page:NRF 1909 12.djvu/68

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


49° LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

foi débile eût pu sentir les atteintes du doute. Le véritable croyant ne s'embarrasse de rien. Marguerite ne songea même pas à s'étonner de l'insuccès de ses prières. Et, sans rancune, elle entreprit de ranger et d'orner son oratoire en vue du quinze Août, fête à la fois de la Vierge et de maman.

Chose qui lui arrivait rarement et qui me surprit fort, elle daigna recourir à mes bons offices. Je l'aidai à couper des fleurs, puis à les disposer dans les vases de faïence dorée. Et ces amusements de demoiselles, que j'eusse profondément méprisés du temps où je servais à Prosper d'ordonnance ou de corps d'armée, avaient aujourd'hui pour moi une singulière douceur.

Dans ses occupations de sacristine et de fleuriste, Marguerite apportait un entrain fiévreux, tout à fait anormal de la part de cette petite personne ordinairement si posée. Elle tenait sans doute à me montrer, voire à se prouver à elle-même, que si d'autres se divertissaient, elle n'était pas en peine de distractions, et que si l'on se passait d'elle, elle savait parfaitement se passer d'autrui. Mais lorsque nous eûmes fini d'épousseter l'autel de bois peint et les statuettes de plâtre, de changer les cierges, et d'aligner les prie-Dieu, son visage se rembrunit. Elle m'ordonna brusquement et d'une voix sèche de la suivre. Nous sortîmes. Je soupçonnai bientôt où elle me condui- sait, remontant d'un pas décidé le raidillon limitrophe du parc des Chaberton.

Un fossé assez profond, bordé d'une haie vive, et qui sert à l'écoulement des eaux, sépare les deux propriétés. Ce fut dans ce fossé, feutré de détritus humides, que, parvenue à la hauteur du château voisin, Marguerite,

�� �