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UNE BELLE VUE 49 1

oubliant toute dignité, se laissa choir ; j'imitai son exemple. Par les interstices de la clôture, nous pouvions, sans risque d'être vus, participer de tous nos yeux aux réjouissances prochaines. Mais quelle singulière idée que celle de ma sœur ! Voilà bien la curiosité féminine ! Pour mon compte je me serais volontiers abstenu de cet espionnage et refusé ce cruel plaisir des pauvres qui consiste à respirer le fumet du festin d'autrui. Au pis aller, j'aimais autant être ici que de l'autre côté de la barrière. Prosper, qui passait justement là-bas, m'y eût fait, je le crains, d'impitoyables avanies.

Il y avait déjà grand monde, répandu soit sous les ombrages qui encadraient le petit castel genre Louis XIII aux toitures d'ardoises, soit devant la façade le long de la pelouse et de la pièce d'eau. Et des voitures de maître, des fiacres, déposaient sans cesse au pied du perron de nouveaux arrivants. M. et madame de Chaberton avaient convoqué le ban et l'arrière-ban de leurs relations. Tout Saint-Clair était là, depuis les de Champdieu, invités de marque auprès desquels s'empressaient spécialement les maîtres de la maison, jusqu'au colonel Fumade qui, solitaire, allait et venait comme un fauve en cage. Mais les habitants de la colline étaient noyés dans une foule de gens de Charlemont dont les visages m'étaient inconnus pour la plupart. Les enfants, petits et grands, à qui la réception s'adressait principalement, circulaient par bandes, pour l'instant assez mornes, aux alentours d'une vaste tente que le château me cachait en partie.

En vue de quelles réjouissances avait-on édifié cette maison de toile, le logis n'étant point susceptible d'abriter commodément pareille afHuence ? Cela ne laissait point de

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