Page:NRF 1909 2.djvu/109

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propre compte. Si l’on hésitait encore, ce n’était point à reconnaître la surprenante qualité de ces contes, mais plutôt à savoir quelle sorte de louange leur accorder, où en situer l’auteur et qu’attendre de lui. Aboutissement ou point de départ ? Cette narration réduite à l’essentiel et pourtant si peu appauvrie, était-ce une de ces heureuses rencontres qui échoient à un auteur une fois dans sa vie et que dorénavant il se contente d’exploiter ? Coup sur coup, de quinzaine en quinzaine, deux autres volumes, Marée fraîche et Vin de Champagne vinrent montrer qu’il ne fallait pas trop tôt chercher à définir, par ses limites, ce nouvel écrivain.

Il n’est guère de corps de métier où, depuis Zola, les littérateurs n’aient été chercher un cadre à leurs romans, des thèses sociales ou simplement des matériaux de quoi suppléer à l’indigence de leur invention. Il en résulte des livres hybrides, documents maquillés de littérature ou littérature encombrée d’un fatras documentaire. On sait trop comment Zola acquérait une érudition de surface: vues exactes peut-être, mais d’en dehors, tandis que les livres où M. Pierre Hamp prend, si l’on peut dire, pour héros un simple produit alimentaire, le conduisant de sa naissance à sa consommation, témoignent d’une vision tout autrement vivante. C’est merveille qu’une telle narration sache devenir si dramatique et l’on croirait que l’auteur a pratiqué tout ces métiers tant il en parle, moins avec science, qu’avec une compétence passionnée. C’est tantôt l’arrivée du poisson à Boulogne, tantôt le prodigieux mouvement des trains ou les cuisines du grand restaurant des boulevards ; puis, avec le Champagne, c’est la verrerie, et de nouveau les trains, et le tumulte des grands ports et Londres enfin ; et la mémoire ne saurait se défaire de cette inoubliable soirée dans un club où, tandis que le garçon de salle aligne au bord du tapis “ les bouteilles vides soufflées par les verriers d’Hornis ”, trois gentlemen se grisent avec une raide correction.

Car dans ces livres qui voudraient être si objectifs et qui semblent s’efforcer vers la précise narration d’un Mérimée, on ne sait ce qu’il faut le plus admirer du don de style ou de