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154 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

— Non, n'est-ce pas ! tu ne pouvais même pas t'en apercevoir tout seul !

Il m'avait saisi le bras et me secouait furieusement. Sa voix, entre ses dents serrées, se faisait tremblante et sifflante.

— Abel, je t'en supplie, lui dis-je après un instant de silence, d'une voix qui tremblait aussi, et tandis qu'il m'entraînait à grands pas au hasard, — au lieu de Rem- porter ainsi, tâche de me raconter ce qui s'est passé. J'ignore tout.

A la lueur d'un réverbère, il m'arrêta soudain, me dévisagea ; puis, m'attirant vivement contre lui, il posa sa tête sur mon épaule et murmura dans un sanglot :

— Pardon ! je suis stupide moi aussi et n'ai pas su y voir plus clair que toi, mon pauvre frère !

Ses pleurs parurent un peu le calmer ; il releva la tête, se remit à marcher et reprit :

— Ce qui s'est passé ?... A quoi sert à présent d'y revenir ? J'avais parlé à Juliette le matin, je te l'ai dit. Elle était extraordinairement belle et animée ; je croyais que c'était à cause de moi ; c'était parce que nous par- lions de toi, simplement.

— Tu n'as pas su t'en rendre compte alors ?...

— Non ; pas précisément ; mais maintenant les plus petits indices s'éclairent...

— Es-tu sûr de ne pas te tromper ?

— Me tromper ! Mais, mon cher, il faut être aveugle pour ne pas voir qu'elle t'aime.

— Alors Alissa...

— Alors Alissa se sacrifie. Elle avait surpris le secret de sa sœur et voulait lui céder la place. Voyons, mon vieux !

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