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III

SUR LA TERRASSE DE LECTOURE

A mes chers compagnons de Voyage, E. R. et A. G.

Je ne connais pas d’endroit au monde d’où l’on puisse prendre plus pleinement conscience de la construction et de la continuité françaises que de la terrasse qui surplombe Lectoure. Au pied de rampes abruptes, les vallons du Gers viennent expirer avec une moutonnante douceur. Mais ce paysage monotone et borné, tout en grasses cultures et en courbes lentes, prend un air singulier de noblesse et de majesté, quand on l’embrasse du roide plateau où Lectoure, engorgée dans le tortueux resserrement de ses places et de ses rues, prélève encore sur sa gêne de quoi faire courir à son flanc un large balcon à balustres, planté de vieux ormes, où la rêverie peut venir s’accouder et plonger dans l’abîme.

De ce promenoir suspendu, je laissais venir à moi et m’enivrer sans mesure un sublime fait d’héroïsme et de solidité condensés. Je me dégageais peu à peu du silence dont j’avais d’abord senti s’épaissir autour de moi les ondes profondes,