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LA PORTE ÉTROITE I7I

ne veut rien dire : c'est être un pur poète qui importe... mon frère! merci pour ni 1 avoir fait connaître et comprendre et aimer tout cela.

...Non, n'écourte pas ton voyage pour le plaisir de quel- ques jours de revoir. Sérieusement, il vaux mieux que nous ne nous revoyions pas encore. Crois-moi : même là, près de moi, je ne pourrais penser à toi davantage. Je ne voudrais pas te peiner, mais j en suis venue à ne plus souhaiter — maintenant — ta présence. Te Vavouerai-je ? Je saurais que tu viens ce soir... je fuirais. —

Oh ! ne me demande pas de ^expliquer ce... sentiment, je f en prie. Je sais seulement que je pense à toi sans cesse {ce qui doit suffire à ton bonheur) et que je suis heureuse ainsi."

��J'admire, en relisant ces lettres aujourd'hui, que pour peindre le sentiment le plus égal quoique dans son inten- sité la plus grande, la voix humaine sache trouver des modulations toujours si simples et différentes ; mais ce n'est pas pour y étaler notre amour que j'entrepris pour vous ce récit.

Feu de temps après cette dernière lettre et dès mon retour d'Italie, je fus pris par le service militaire et envoyé à Nancy. Je n'y connaissais âme vive, mais je me réjouis- sais d'être seul, car il apparaissait ainsi plus clairement à mon orgueil d'amant et à Alissa que ses lettres étaient mon seul refuge, et son souvenir, comme eût dit Ronsard, " ma seule entéléchie. "

Ce qu'étaient ces lettres pour moi, à ceux qui ne l'ont pas déjà compris c'est en vain que j'essaierais de le dire.

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