Page:NRF 1909 2.djvu/66

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


I7 2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Je les portais sur moi et, sitôt libre, m'écartais de tout et de tous pour les relire ; car, bien que les sachant par cœur, la vue des signes qu'elle-même avait tracés m'emplissait d'une joie presque charnelle.

A vrai dire je supportai fort allègrement la discipline assez dure à laquelle on nous soumettait. Je me raidissais contre tout et, dans les lettres que j'écrivais à Alissa, ne me plaignais que de l'absence.

Et même nous trouvions dans la longueur de cette séparation une épreuve digne de notre vaillance. " Toi qui ne te plains jamais, m'écrivait Alissa ; toi que je ne peux imaginer défaillant. .." Que n'eussé-je enduré en témoignage à ces paroles !

Un an s'était presque écoulé depuis notre dernier revoir. Elle ne semblait pas y songer, mais faire commen- cer d'à présent seulement son attente. Je le lui reprochais.

u N'étais-je pas avec toi en Italie ? répondait-elle. Ingrat! Je ne te quittai pas un seul jour. Comprends donc qu'à présent, pour un temps, je ne peux plus te suivre, et c'est cela, cela seulement, que j' appelle séparation. J'essaie bien, il est vrai, de t 'imaginer en militaire... je n'v parviens pas. Tout au plus te retrouvé-je, le soir, dans ta petite chambre de la rue Gambetla, écrivant ou lisant... et même, non ; en vérité je ne te retrouve qu'à Fongueusemare ou au Havre, dans un an.

Un an ! je ne compte pas les jours déjà passés ; mon espoir fixe ce point à venir qui se rapproche lentement, lentement. Tu te rappelles, tout au fond du jardin, le mur bas au pied duquel on abritait les chrysanthèmes, sur lequel nous nous avancions ; Juliette et toi vous marchiez

�� �