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I76 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

des solitaires sur la "garrigue", où ce qui m'étonne le plus, c'est de ne pas me sentir plus joyeuse. Le bonheur de Juliette devrait me combler... pourquoi mon cœur cède-t-il à une mélancolie incompréhensible dont je ne parviens pas à me défendre? La beauté même de ce pays, que je sens, que je constate du moins, ajoute encore à mon inexprimable tristesse... Quand tu m'écrivais d'Italie, je savais voit à travers toi toute chose ; à présent il me semble que je te dérobe tout ce que je regarde sans toi. Enfin, je m' étais fait, à Fongueusemare et au Havre, une vertu de résistance à V usage des jours de pluie; ici cette vertu n'est plus de mise et je reste inquiète de la sentir sans emploi. Le rire des gens et du pays m offusque; peut-être que j'appelle être triste simplement n'être pas aussi bruyant qu'eux... Sans doute auparavant il entrait quelque orgueil dans ma joie, car à présent ; parmi cette gaieté étrangère, c'est quelque chose comme de V humiliation que f éprouve..."

A peine si j'ai pu prier depuis que je suis ici ; f éprouvais le sentiment enfantin que Dieu n'est plus à la même place. Adieu ; je te quitte bien vite ; j'ai honte de ce blasphème, de ma faiblesse, de ma tristesse, et de V avouer et de t' écrire tout ceci que je déchirerais demain si le courrier ne me V empor- tait pas ce soir... "

La lettre suivante ne parlait que de la naissance de sa nièce dont elle devait être marraine, de la joie de Juliette, de mon oncle... mais de ses sentiments à elle il n'était plus question.

Puis ce furent des lettres datées de Fongueusemare de nouveau, où Juliette en juillet vint les rejoindre...

u Edouard et Juliette nous ont quittés ce matin. C'est ma

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