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LA PORTE ETROITE I 75

Les semaines, les mois s'écoulaient dans des occu- pations monotones ; mais, ne pouvant raccrocher ma pensée qu'à des souvenirs ou des espoirs, à peine m'aper- cevais-je de la lenteur du temps, de la longueur des heures. ..

Mon oncle et Alissa devaient aller en juin rejoindre, aux environs de Nîmes, Juliette qui attendait un enfant vers cette époque. Des nouvelles un peu moins bonnes les firent précipiter leur départ :

" Ta dernière lettre, adressée au Havre, m'écrivait Alissa, est arrivée lorsque nous venions d'en partir. Comment expliquer qu'elle ne m'ait rejointe ici que huit jours après ? Toute la semaine j'ai eu une âme incomplète, transie, dou- teuse, diminuée. mon frère ! je ne suis vraiment moi, plus que moi, qu'avec toi...

Juliette va de nouveau bien ; nous attendons sa déli- vrance d'un jour à l'autre, et sans trop d'inquiétude. Elle sait que je t'écris ce matin. Le lendemain de notre arrivée à Aigues-Vives, elle m'a demandé: Et Jérôme, que devient- il f... Il t'écrit toujours ?... Et comme je n'ai pu lui mentir: Quand tu lui écriras, dis-lui que... — elle a hésité un instant puis, en souriant très doucement : ...je suis guérie. — Je craignais un peu, dans ses lettres toujours gaies., qu'elle ne me jouât la comédie du bonheur et qu'elle-même ne s'y laissât prendre... Ce dont elle fait son bonheur aujourd'hui reste si différent de ce qu'elle rêvait et dont il semblait que son bonheur dût dépendre !,.. Ah ! que ce qu'on appelle bonheur est chose peu étrangère à l'âme, et que les éléments qui sem- blent le composer du dehors importent peu ! Je t'épargne quantité de réflexions que j'ai pu faire dans mes promena-

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