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l8o LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

mière impression mensongère ? Pour moi, craignant de ne plus parfaitement la reconnaître, j'osais d'abord à peine la regarder... Non; ce qui nous décontenança plutôt, c'était ce rôle absurde de fiancés qu'on nous contraignait d'assu- mer, cet empressement de chacun à nous laisser seuls, à se retirer devant nous :

— Mais, tante, tu ne nous gênes nullement ; nous n'avons rien de secret à nous dire, s'écriait enfin Alissa devant les indiscrets efforts de cette grosse femme pour s'effacer.

— Mais si, mais si, mes enfants ! je vous comprends très bien. Quand on est resté longtemps sans se revoir, on a des tas de petites choses à se raconter...

— Je t'en prie, tante ; tu nous désobligerais beaucoup en partant. — Et cela était dit d'un ton presque irrité où je reconnaissais à peine la voix d'Alissa.

— Tante, je vous assure que nous ne nous dirons plus un seul mot si vous partez! — ajoutai-je en riant, mais moi- même envahi d'une certaine appréhension à l'idée de nous trouver seuls. Et la conversation reprenait ensuite entre nous trois, faussement enjouée, banale, fouettée par cette animation de commande derrière laquelle chacun de nous cachait son trouble. Nous devions nous retrouver le len- demain, mon oncle m'ayant invité à déjeûner, de sorte que nous nous quittâmes sans peine ce premier soir, heureux de mettre fin à cette comédie.

J'arrivai bien avant l'heure du repas, mais trouvai Alissa causant avec une amie qu'elle n'eut pas la force de congédier et qui n'eut pas la discrétion de partir. Quand enfin elle nous eut laissés seuls, je feignis de m'étonner qu'Alissa ne l'eût pas retenue à déjeûner. Nous étions

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