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LA PORTE ÉTROITE I 83

Si fâcheux que fussent ces contretemps, en vain les accuserais-je. Quand bien tout nous eût secondés, nous eussions inventé notre gêne. Mais qu'Alissa, elle aussi, le sentît, rien ne pouvait me désoler davantage. Voici la lettre que sitôt de retour à Paris, je reçus :

" Mon ami, quel triste revoir ! Tu semblais dire que la faute en était aux autres, mais tu n'as pu t'en persuader toi-même. Et maintenant je crois, je sais quil en sera toujours ainsi! Ah! je t'en prie, ne nous revoyons plus!

Pourquoi cette gêne, ce sentiment de fausse position, cette paralysie, ce mutisme, quand nous avons tout à nous diref — Le premier jour de ton retour, j'étais heureuse même de ce silence, parce que je croyais qu'Use dissiperait, que tu me dirais des choses merveilleuses. Tu ne pouvais partir avant.

Mais quand j'ai vu s'achever silencieuse notre lugubre promenade à Orcher, et surtout quand nos mains se sont déprises l'une de l'autre et sont retombées sans espoir, j'ai cru que mon cœur crevait de détresse et de peine. Et ce qui me désolait le plus, ce n'était pas que ta main eut lâché la mienne, mais de sentir que si elle ne l'eût point fait, la mienne eût commencé — puisque non plus elle ne se plaisait plus dans la tienne.

Le lendemain — c'était hier — je V ai follement attendu toute la matinée. Trop inquiète pour demeurer à la maison, j'avais laissé un mot qui t'indiquât où me rejoindre, sur la jetée. Longtemps j'étais restée à regarder la mer houleuse, mais souffrais trop de regarder sans toi. Je suis rentrée m' imaginant soudain que lu m'attendais dans ma chambre : je savais que l'après-midi je ne serais pas libre; Madeleine, la veille, m'avait annoncé sa visite et comme je comptais

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