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194 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

obligation. Le mot était souligné trois fois dans sa lettre. Si tu es celui que f ai cru, toi non plus, tu ne pourras pas t'y soustraire. "

C'était tout. Je compris, pressentis plutôt, que là s'ar- rêterait notre correspondance, et que le conseil le plus retors, non plus que la volonté la plus sûre, n'y pourraient rien.

Je récrivis pourtant, longuement, tendrement. Après ma troisième lettre, je reçus ce billet:

" Mon ami,

Ne crois point que j'aie pris quelque résolution de ne plus t' écrire ; simplement je n'y ai plus de goût. Tes lettres cependant m'amusent encore, mais je me reproche de plus en plus d'occuper à ce point ta pensée.

L'été n'est plus bien loin. Renonçons pour un temps à correspondre et viens passer à Fongueusemare les quinze derniers jours de septembre près de moi. Acceptes-tu ? Si oui, je n'ai pas besoin de réponse. Je prendrai ton silence pour un assentiment et souhaite donc que tu ne me répondes pas. "

Je ne répondis pas. Sans doute ce silence n'était qu'une épreuve dernière à laquelle elle me soumettait. Tant la confiance en l'efficacité de ma vertu restait forte, je ne me sentais point dépossédé.

Quand, après quelques mois de travail, puis quelques semaines de voyage, je revins à Fongueusemare, c'était avec la plus tranquille assurance.

Comment, par un simple récit, aménerais-je à com- prendre aussitôt ce que je m'expliquai d'abord si mal ?

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