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174 L A NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

que deux poèmes, que dis-je, deux strophes, une d'Epi- phanie :

Et le gardien pensif du mystique oranger Des balcons de P aurore éternelle se penche Et regarde passer ce fantôme léger Dans les plis de sa robe immort ellement blanche,

une du Nazaréen :

Car tu sièges au sein de tes Egaux antiques.

Sous tes longs cheveux roux, dans ton ciel chaste et bleu,

Les âmes, en essaim de colombes mystiques

Vont boire la rosée à tes lèvres de Dieu. En ce temps-là comme plus tard, il n'a aimé dans les œuvres d'autrui que ce qu'il eût pu lui-même concevoir et créer. Un instinct sûr le guidait vers les nourritures spirituelles dont il pouvait le mieux s'enrichir. Ainsi s'explique l'émotion profonde que lui donnèrent des œuvres médiocrement belles. Sur le même rang que Baudelaire, qui lui enseignait chrétiennement l'amertume voluptueuse des lendemains de fête et l'impossibilité de goûter purement aucune joie, il plaçait par exemple les poèmes d'Armand Silvestre, qu'il récitait avec des cris d'enthousiasme. Qui les connaît aujourd'hui ? J'y trouve, en les exhumant, un parfum vieillot mais pénétrant, une harmonie imprécise, une musique de mots vaine mais douce, quelque chose de nombreux, d'impondérable et d'étincelant comme le voile de Tanit. Armand Silvestre fut pour Philippe un maître de musique dont les leçons ne furent pas perdues.

Les vrais maîtres de sa première jeunesse furent Théodore de Banville et ... Catulle Mendès. On ne

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