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ENFANCE ET JEUNESSE 175

choisit pas ses maîtres ; Philippe prit ceux qu'il trouva. J'imagine que s'il eût pu connaître Jean-Paul et Henri Heine, il leur eût donné la préférence. Plus tard il sut bien trouver, quand il eut besoin d'eux, Dickens, Dostoïewsky et Thomas Hardy. Mais vers 1893 il ne cherchait pas encore à deviner le sens profond de la vie ; il lui suffisait d'en oublier les tristesses en se racontant à lui-même de belles histoires. Il aimait les nouvelles en prose de Banville et les contes bleus de Mendès, 1 comme il admirait, le jour de la Fête-Dieu, les reposoirs de son village, où l'on voit de la mousse fraîche, de vertes branches, et des jeunes filles qui, les bras levés, piquent des roses dans le feuillage : et si ces fleurs sont en papier rose ou doré, elles n'en sont que plus touchantes. Ce que Philippe demandait aux épigones du romantisme, c'était l'art de conter des histoires simples avec attendrissement, dans un style tout fleuri d'épithètes claires et pimpantes. Il a mis très longtemps à s'apercevoir que l'art de Mendès n'était pas très sincère, et que ses fleurs étaient en papier. Il pouvait sans danger s'amuser de ce clinquant et de ces verroteries, tout étant chez lui de bon aloi. Pour voir comment Philippe savait imiter, que l'on compare aux tendresses truquées de Pour lire au couvent la préface, 2 justement dédiée à Mendès, des Quatre histoires de pauvre amour :

" Des petits enfants venaient m'entendre. Ils accrou- pissaient leur corps, ils entr'ouvraient leur cœur comme une petite chambre rose, afin que les jolies histoires pussent y entrer. Si je m'arrêtais, les voici : il faut nous

1 Catulle Mendès : Pour lire au couvent. Bibl. Flammarion.

2 Ecrite dans les premiers mois de 1896.

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