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CH.-L. PHILIPPE EN BOURBONNAIS 21 3

Avec les indifférents ça n'allait guère plus loin ; cela restait évasif, banal. Avec d'autres, envers qui le Parisien avait été lié par des rapports plus cordiaux, l'accueil était plus confiant et l'entretien moins bref. Philippe savait trouver les mots qu'il faut, les mots peuple, les phrases bourbonnaises pour inspirer toute sympathie à ce com- patriote, pour montrer que le fils du sabotier de la Croix- Blanche, malgré ses études et malgré son long séjour dans la capitale, se souvenait de ses origines et n'était pas devenu fier. Il descendait ainsi très avant dans cette âme. . .

La semaine suivante, il venait à son tour me rendre visite : il partait à pied de Cérilly ; j'allais l'attendre jusqu'à mi-chemin avec une charrette ; je le reconduisais le soir ou le lendemain dans les mêmes conditions, bien qu'il protestât. Il n'était plus du tout maladif, quoi qu'on en ait dit : et trois lieues de marche ne l'effrayaient pas...

Ce jour-là, nous nous promenions dans les champs et, en toute intimité, nous causions. Nous causions littérature et littérateurs, et de tout ce qui s'y rattache. Puis il me disait sa vie à Paris, avec ses joies, avec ses rancoeurs aussi, mais qui lui plaisait parce qu'elle s'étayait sur un cercle sans cesse accru d'amitiés fidèles et de franches sympathies littéraires. Il me disait ses jours laborieux et monotones à Cérilly, coupés d'une promenade qui le conduisait d'habitude jusqu'à certain petit bois de sapins, à deux kilomètres, où il s'attardait à rêvasser ou à travailler : et son père à ce propos le grondait, lui pré- disant que, bien sûr, un jour ou l'autre, il se ferait mordre dans cette pinède par quelque mauvaise bête... (Les

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