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LE REGNE DE L ARTISTE 33 I

génie. Qui donc aujourcThui efface encore, d'une édition à la suivante, de menues bavures de style, ou remplace un mot par un autre plus approprié ? Chateaubriand le fit sans croire déroger ; notre époque le traiterait de cuistre. Et ce n'est pas par paresse que l'auteur refuse de revenir sur son œuvre, c'est parce qu'il croirait publiquement se manquer à lui-même ; c'est parce qu'il occupe un rang où même pour une erreur évidente, Ton ne fait pas d'excuses. D'ailleurs n'est-ce pas par ses erreurs même qu'il s'affirme le plus personnelle- ment ? 11 est la fleur, l'aboutissement de la race. Il se doit, comme tout seigneur, du jeu, des caprices et un certain étalage de lui-même. Il n'a pas à cacher ses faiblesses ; tant pis si son entou- rage n'ignore pas quand il prend médecine !

La mentalité de salon n'a pas disparu. Le pédant qui vient parler statistique ou grammaire ne paraît pas plus mal élevé que l'artiste qui apporte une œuvre forte, drue, construite, sans fioritures. Ce qu'on lui demande, c'est l'anecdote, le souvenir, l'impression, la confidence, tout ce qui appelle l'amabilité, l'esprit ou le commérage, tout ce qui a trait aux personnes, la sienne y comprise. Pour- quoi veut-on que l'artiste se montre sans éducation? Wilde dit quelque part : " De bons artistes donnent tout à leur art ; en conséquence ils sont par eux-mêmes parfaitement inintéressants. Un poète vraiment grand est la moins poétique

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