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LE CHARRETIER 34I

La gamine avait huit ans quand elle suivit son père sur les plaines qui n'en finissent pas : elle s'habitua bientôt à sa nouvelle vie. Elle avait vite appris les mille petits détails qui rendent la vie plus facile lorsqu'on campe en plein air ; elle sut sans peine allumer un feu de bois mouillé tandis que le vent soufflait en tempête, elle sut faire le pain de chaque semaine sur un morceau d'écorce de gommier. Quand il pleuvait, Jones dressait les tentes et les entourait d'un fossé minuscule pour l'écoulement de l'eau, elle s'endormait en écoutant les gouttes tambouriner sur la toile tendue : par le beau temps, elle se couchait n'importe où et roulée dans sa couverture en peaux d'opos- sums, elle s'amusait longtemps à regarder les étoiles et à compter celles qui " clignaient ". Elle aimait à regarder la lune se lever monstrueuse derrière la silhouette des arbres morts et malgré les histoires de bushmen aveuglés par sa lumière, elle se plaisait à dormir sous sa douce clarté. Elle aimait aussi le grand feu du camp qui le soir éclairait les hautes branches des eucalyptus, blanches et lisses comme des bras de femme. Le père fumait sa pipe tout en lui racontant des histoires de mineurs, de feux de prairie, d'inondations ou de grandes sécheresses.

Au lever du soleil, tandis que le " billy " (bouilloire) était sur le feu, elle aidait à rassembler les chevaux : on marchait dans l'herbe haute mouillée de rosée quand les bêtes ne s'étaient pas éloignées du camp. Quand l'herbe était rare, l'attelage était souvent à deux ou trois kilomètres, il fallait monter le poney pour aller les chercher.

A force de vivre avec les chevaux, Jessie les connais- sait à fond comme le père les connaissait ; comme lui elle les aimait et était fière de l'attelage. Enfant du bush,

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